
14 sept.-06 - Nanyuki
Je suis à la veille d’entamer l’ascension du Mont Kenya. Jusqu’au départ de ce voyage, j’ignorai l’existence de cette montagne qui atteint les 5000 mètres. Ma connaissance de la montagne de l’Afrique de l’est se limitait au Kilimandjaro. Pourtant l’ascension du mont Kenya, moins prestigieuse que celle du Kili, est parait il plus belle et plus difficile. Même si tout le monde peut s’y mesurer, statistiquement 3 personnes sur 5 arrive seulement au sommet. La principale cause de l’échec étant le mal d’altitude. Je ne suis n’y excité, n’y impatient d’entamer cette ascension. A vrai dire, pour l’instant mon cœur est aussi de glace que les sommets de ce monticule. J’y vais juste pour accompagner Virginie et non par désir absolu de vaincre ce géant Africain. Mais si je parviens au bout, ce sera la première fois de ma vie que je frôlerai les 5000 mètres. Je n’aurai jamais été aussi près des étoiles.
15 sept.-06 – Jour 1 - Malania Camp
Un matatu nous mène de Nanyuki jusqu'à la School Of Adventure situé à 2400 mètres, point de départ de l’excursion. Après un déjeuner à base de fruits et légumes nous entamons la marche vers 13h30. La voie emprunter pour gravir le mont Kenya est la Timau Road. Le programme de la journée est de rejoindre le camp Malania situé à 3300 mètres. Le parcours passe à travers une forêt tropicale essentiellement composé de cèdres du Liban. Les paysages sont beaux mais pas exceptionnels. Je préfère les panoramas d’Ethiopie et ses grandes failles. C’est en arrivant au campement que finalement les sommets, cachés toute la journée dans les nuages se dévoilent. Bastian et Nelyan, du haut de leurs 5200 mètres contemplent tout le Kenya. Ces deux sommets ne peuvent être gravi que par des voies d’escalade. Aussi n’iront nous pas les saluer. Nous nous contenterons du petit frère, le point Lenana situé à 4985 mètres, ce qui est déjà pas mal.
Il est 17h30 lorsque nous dressons notre camp. La soirée fut sympa, autour d’un grand feu. Le ciel fut plus étoilé que jamais. Pendant quelques temps, alors que la nuit est noire, je contemple cette tapisserie céleste. Et je peux vous dire que c’est aussi jolie, voir plus que les nuits dans le désert.
16 sept.-06 – Jour 2 - Major's Camp
A l’ouverture de la tente, un panorama fantastique. Mrs Bastian et Nelyan, tout décoiffés nous disent bonjour. Le ciel est bleu. Pas un nuage pour le tacher. La journée va être belle. Que je crois !!!! Nous levons le camp à 8h00 et partons tout confiant pour rallier le Majors Camp situé à 4200 m. Toute la matinée fut tranquille. Les paysages sont beaux. Apres une petite sieste, les choses se compliquent. La pluie décide d’être de la partie. En fait ce sont des grêlons qui me tombent sur le crâne. Heureusement l’équipement que nous a prêté l’organisateur est de bonne qualité. Ce convive surprise ne gène en rien notre progression. Remarque, avec tout ce que nous avons déjà connu au Maroc et en Ethiopie, ce n’est pas quelques gouttes de glace qui va nous arrêter. A la limite, ces nouvelles couleurs données aux paysages par ces nuages sont même sympas. Mais le meilleur reste à venir. Lorsque nous arrivons au Majouir’s Camp, nous profitons d’une accalmie pour monter la tente. A peine terminé, la température chute et les grêlons reprennent leur bal. Nous nous mettons à l’abri sous la tente. J’ai froid. Le vacarme de la grêle s’écrasant sur la toile devient plus doux voir presque inaudible. Je jette un œil dehors. Fantastique !!! Il neige. Un filet de flocons voile la montagne sur un arrière plan bleu. C’est vraiment superbe ; J’ai toujours froid. Je ne sens plus mes doigts ni mes orteils, mais le spectacle est trop beau pour s’en soucier. Il est 18h00 lorsque la neige cesse son show. Nous allumons un grand feu pour faire sécher nos vêtements. Il est 22h00 lorsque je me couche, des images plein la tête et heureux d’être là.
17 sept.-06 – Jour 3 - Shipton's Camp
La nuit fut froide très froide. Et dans ces cas là, j’ai beaucoup de mal à dormir. La nuit semble durer une éternité.Aussi, voir les premiers rayons de soleil transpercer la tente est une vrai joie. Je sors immédiatement pour me réchauffer. Que c’est bon !!! Il est 9h00 lorsque nous quittons le camp pour partir au Shipton’s camp situé au pied du point Lenana à 4200 mètres. Dès le départ ça monte. Sans trop de difficulté nous progressons à travers de champs de Sénécio Johnstoni et des Sénécios roseiflorus qui bordent des glaciers aujourd’hui disparu. Certaines peuvent atteindre dix mètres de hauteur. Le paysage semble préhistorique. Et si un tyrannosaure surgissait de derrière une rocher ? Les lobélias, plantes mythiques du mont Kenya, se font plus discrète que la veille. Nous grimpons ainsi paisiblement jusqu'à 4500 mètres. De là, le point de vue nous est hélas caché par les nuages qui remontent de la vallée. En moins de cinq minutes nous revoilà sous la pluie. Nous entamons la descente vers la vallée Mc Kinder. Elle est très abrupte. C’est la partie la plus technique de notre expédition. Au fur et en mesure de la descente, le brouillard se dissipe peu a peu. Nous apercevons la Cérémon road, la voie la plus emprunté pour l’ascension du mont Kenya. Au fond de la vallée, le campement. Nous y arrivons à 13h30. Il est très fréquenté. Nous y croisons des couples de Néerlandais, Australiens, Canadiens, Norvégiens et un américain. Je passe une partie de l’après midi a discuter avec une norvégienne. Ce fut très original comme discussion. Elle parle quelques mots de français, et très bien l’espagnol et l’anglais. En ce qui me concerne, c’est quelques mots d’anglais et d’espagnol et bien le français (évidemment). Aussi, au bilan ce fut une communication en Spainfrenchglish. Une langue originale mais très marrante. Mémorable !!!!!
18 sept.-06 – Jour 4 - Gate Shogoria
Nous débutons la conquête du point Lénana à 4h00 du matin. Il fait noir et froid. La lune, discrète jusqu'à maintenant, nous offre quelques rayons qui éclairent légèrement le chemin. La montée est raide. Au bout d’une heure c’est sur une pellicule de neige que nous marchons. Je commence a avoir froid aux pieds. Petit à petit l’horizon devient rouge. Le levé du soleil accompagne notre progression vers le sommet. C’est vraiment très beau. Par moment, la neige se dérobe sous mes pieds. Je manque à plusieurs reprises de planter mon appendice nasal dans la poudre blanche. Le nez dans la neige, c’est la faute à Nadège. Ne me demandé pas qui est Nadège, je n’en sais rien. D’ailleurs je n’en connais pas. C’est une juste un clin d’œil a la comptine culpabilisant Voltaire et Rousseau. Donc, nous continuons notre ascension. Il commence à faire chaud. Je retire ma veste et mes gants que je laisse sur le chemin. Je les reprendrai au retour. Maintenant le soleil est bien réveillé. On perçoit la vallée Mc Kinder dans toute sa splendeur. Splendide. Nous arrivons au sommet vers 8h00. Je suis à 4985 mètres. Je suis content et à la fois fier. Non seulement je suis arrivé jusqu’en haut, mais ce fut en plus très facile. Aucun gène, aucun problème lié à l’altitude. Je suis trop fort….
Pendant 20 mn, je reste à contempler, sans mot dire. Une vision sur 360 ° sur les plus beaux paysages du Kenya. A l’ouest, les Aberdares se détachent. Au sud, le Kilimandjaro joue a cache-cache, au nord, le désert se montre timidement. C’est beau. Je suis très heureux d’avoir finalement accompagné Virginie dans cette aventure au Lénana Point, qui pourtant au départ ne m’attirai pas forcément.
Mais ce n’est pas tout. Il faut redescendre maintenant. La descente est rapide. Nous prenons la voie Shogoria, réputée être la plus belle. Hé bien c’est vrai. De nombreux lacs ou étang, appelés ici des Tarn, bordent notre route. A un moment ce sont même les chutes Viviane qui nous dévoilent leurs plus belles facettes. Je me prends pour le Corcovado. C’est vraiment trop beau (je sais ! je me répète, mais je ne peux pas faire autrement.). A un notre endroit c’est un daman qui nous accompagne un bout de chemin. Nous arrivons à notre campement en fin d’après midi, fatigué, éreinté. Nous avons marché environ dix heures. Du coup je me sens moins fort. Je fais moins le malin…Vivement que je me couche….
19 sept.-06 – jour 5 - Nairobi
C’est notre dernière journée. Une petite marche pour rejoindre un véhicule qui nous ramène vers le village Shogoria. Même si elle fut petite, cette marche porte les traces de la veille. Deux grosses ampoules me font souffrir. J’ai mal aux jambes, juste devant les tibias. Le sentier passe au travers une forêt de bambou. Du coup pas de panorama. L’aspect sauvage des lieux ne parvient pas à me faire oublier mes douleurs. Aussi, arrivée à la jeep, je respire….Enfin !!! Pourtant nous n’avons marché qu’une heure. Mais tout de même. Je fais moins le beau que la veille.
Finalement, nous retrouvons les Australiens, les Hollandais et l’Américain à Shogoria. Ils dorment au même endroit que nous a Nairobi. Nous profitons de leur véhicule pour rentrer sur la capitale. Il est 15h00 lorsque nous arrivons à notre hôtel. Je suis heureux d’avoir fait cette expédition mais aussi très content qu’elle se termine. En fait, le vélo me manque un peu. Cela fait maintenant trois semaines que nous sommes sur Nairobi et n’avons quasiment pas touché nos vélos. Il est temps de repartir sur les routes….
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